Thursday, 30 July 2015

RDC : Human Rights Watch charge la Garde républicaine de Kabila

29 juillet 2015                                                                                          
RDC : Human Rights Watch charge la Garde républicaine de Kabila
          

RDC : Human Rights Watch charge la Garde républicaine de Kabila
Par Jean-Jacques Omanyundu Wondo Le 22 juillet 2015

RD Congo : Human RightsWatch charge la Garde républicaine de Kabila

Dans une déclaration lue à l’occasion de la conférence de presse à Kinshasa le 22 juillet 2015, Kenneth Roth, le directeur exécutif de l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW), n’a pas mis ses gants pour fustiger la répression du régime de Kabila contre la dissidence. Pour HRW, la répression contre la dissidence est la principale source d’inquiétude relative aux droits humains

Parmi les services indexés pour leurs méthodes staliniennes la Garde républicaine, chargée de la sécurité présidentielle et l’ANR, la police politique du régime de Kabila, viennent en premier lieu.

Dans cette déclaration, pouvait-on lire : « En janvier 2015, les forces de sécurité ont brutalement réprimé des manifestations à Kinshasa et dans d’autres villes. La police et les soldats de la Garde républicaine ont abattu au moins 38 personnes à Kinshasa, et cinq autres personnes à Goma. Des dizaines de personnes ont été blessées, et au moins cinq personnes à Kinshasa ont été victimes de disparition forcée. L’Agence nationale de renseignements (ANR) de la RD Congo a arrêté des dirigeants des partis politiques et les a mis en détention sans inculpation pendant des semaines ou des mois, sans accès à des avocats ni aux membres de leur famille. »

Concernant l’implication des éléments de la Garde républicaine (GR) mais aussi de la LENI (Légion nationale d’intervention, ex-PIR : Police d’intervention rapide de triste mémoire), DESC a offert son expertise aux responsables de l’ONG américaine en juin 2015 à Bruxelles. Le but de cette rencontre était de les éclairer sur les responsabilités techniques et politiques des responsables et membres de la GR et de la LENI, ainsi que des autorités politiques en charge de la sécurité dans le cadre des poursuites judiciaires qu’ils peuvent encourir au niveau des instances pénales internationales.

L’entretien a porté aussi sur certains aspects de la répression continue des activistes de la société civile et des militants de l’opposition politique congolaise. Un dossier autour duquel DESC et HRW ont partagé une convergence de vues en termes d’analyse de la situation d’insécurité et de la répression politiques qui plongent la RDC dans un enlisement dictatorial de fait. Nous avons personnellement encouragé l’ONG américaine, présente sur le terrain congolais, à poursuivre ses investigations sur la répression sanglante de janvier 2015 et l’affaire de la fosse commune que le régime congolais essaie d’étouffer.

A propos des méthodes barbares de l’ANR, proches de la Stasi (sigle de Staatssicherheit qui était le service de police politique, de renseignements, d’espionnage et de contre-espionnage de la défunte République démocratique allemande (RDA) entre 1950 1990), HRW note qu’ « en mars, l’ANR a arrêté environ 30 jeunes activistes ainsi que d’autres personnes participant à un atelier à Kinshasa visant à promouvoir le processus démocratique. Les autorités de Goma ont arrêté au moins 15 jeunes activistes qui protestaient pacifiquement contre les arrestations de Kinshasa et, dans certains cas, les ont gravement battus et torturés. Notons au passage que c’est la même NR que Kabila a chargée pour mener des contacts préalables avec des acteurs politiques en vue d’un dialogue. Merci pour la confiance!

Huit éminents activistes et leaders de partis politiques restent en détention à Kinshasa sur des accusations forgées de toutes pièces. Parmi eux figurent les jeunes activistes Fred Bauma et Yves Makwambala ; le défenseur des droits humains Christopher Ngoyi ; et les leaders de partis politiques Jean-Claude Muyambo, Ernest Kyaviro, Cyrille Dowe, Jean-Bertrand Ewanga et Vano Kiboko. »

Et HRW de mettre le gouvernement congolais à l’épreuve en ces termes : « Si le gouvernement congolais est sérieux au sujet de la tenue d’élections crédibles et respectueuses des droits humains, il doit alors libérer immédiatement et sans condition tous les prisonniers politiques et abandonner les accusations portées contre eux ».

Mais l’ONG américaine n’est pas restée là. Elle est allée exhumer le dossier de la fosse commune qui a fait les choux gras de la classe politique congolaise distraite et préoccupée par le pouvoir pour le pouvoir. HWR exige du gouvernement congolais d’« exhumer les corps dans une fosse commune à Maluku, à la périphérie de Kinshasa » Ce, d’autant que, précise le . Les familles des personnes tuées ou disparues de force par les forces de sécurité pensent que leurs proches pourraient être parmi les personnes qui y sont enterrées ». Kenneth Roth a rencontré plusieurs des proches de 34 victimes qui avaient déposé une plainte conjointe appelant à une enquête crédible avec le soutien international, notamment l’exhumation des corps. « Les familles que j’ai rencontrées veulent désespérément la justice et elles ont le droit de savoir si les membres de leur famille figurent parmi ceux qui sont enterrés à Maluku », a déclaré Kenneth Roth.

Malgré les progrès relatifs constatés au niveau de la traduction en justice d’individus responsables de graves crimes internationaux à l’est de la RDC Human Rights Watch déplore cépendant la culture de l’impunité qui y règne, notamment envers « la grande majorité des personnes responsables de violations graves. HRW exhorte le gouvernement congolaais et la la MONUSCO d’ « accroître leurs efforts pour arrêter les chefs de groupes armés recherchés pour crimes internationaux graves. Ceux-ci comprennent le commandant militaire des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), Sylvestre Mudacumura, recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre présumés dans l’est de la RD Congo en 2009 et 2010, ainsi que Ntabo Ntaberi Sheka, sous le coup d’un mandat d’arrêt congolais pour crimes contre l’humanité, pour les viols systématiques de près de 400 personnes en 2010 ».

Pour DESC, cette recommandation résume en soi l’échec de l’opération militaire Sokola 2, lancée à coups de battage médiatique en février 2015 contre les FDLR et dont les résultats sont loin d’atteindre les objectifs fixés. Il s’agit d’une déclaration supplémentaire qui pointe le manque de volonté politique des autorités congolaises, aux échelons les plus élevés, de pacifier l’est de la RDC et de mener des réformes efficaces des FARDC dans l’objectif de leur permettre de sécuriser et pacifier l’est de la RDC. Ce sont là des étapes préalables à toute action de stabilisation. Ce constat vaut également pour la MONUSCO, indolente et inefficace.

A ce propos, HWR note : « L’incapacité du gouvernement à arrêter les chefs rebelles des années après l’émission de mandats d’arrêt à leur encontre a permis que leurs combattants continuent à commettre d’horribles exactions. Qu’il s’agisse des exactions des forces de sécurité à Kinshasa ou des meurtres et des viols perpétrés par les groupes armés dans l’est de la RD Congo, traduire les responsables en justice devrait être une priorité pour le gouvernement congolais. »

Pour consulter la déclaration de Kenneth Roth à l’occasion de la conférence de presse à Kinshasa le 22 juillet, veuillez voir le document ci-joint ou suivre le lien :

http://www.hrw.org/fr/news/2015/07/22/discours-prononce-lors-de-la-conference-de-presse-kinshasa-republique-democratique

 
Pour consulter d’autres recherches de Human Rights Watch sur la RD Congo, veuillez suivre le lien : https://www.hrw.org/fr/africa/democratic-republic-congo