Thursday, 24 September 2015

Au Congo, les manœuvres du président pour garder le pouvoir

Au Congo, les manœuvres du président pour garder le pouvoir


Un référendum va être organisé au Congo pour changer la Constitution avant la présidentielle de 2016 afin que le président Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis plus de trente ans, puisse briguer un nouveau mandat.



24/9/15    


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Après le Burkina Faso et le Burundi, c’est une nouvelle tentative d’un président africain pour garder le pouvoir.


Attendue et redoutée au Congo depuis des mois, la nouvelle est tombée le 22 septembre au soir. Le président Denis Sassou Nguesso va organiser un référendum pour doter son pays d’une nouvelle Constitution.


« Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2016, il veut changer de Constitution car elle l’empêche de briguer un nouveau mandat », explique Brice Mackosso, le secrétaire permanent de la Commission justice et paix de Pointe Noire.


La Constitution, adoptée en 2002, limite l’âge des candidats à l’élection présidentielle à 70 ans et interdit l’exercice de plus de deux mandats. Or, Denis Sassou Nguesso est âgé de 72 ans et il achève son second mandat.

« Un coup d’Etat constitutionnel »

Cette réforme de la Constitution a pris forme en juillet, au cours du « dialogue national » sur l’avenir des institutions organisé par le président congolais. Boycottés par les partis de l’opposition, les travaux de cette assemblée avaient préconisé la rédaction d’une nouvelle Constitution sans limite d’âge pour les candidats à la présidentielle, ni restriction du nombre de mandats pour le chef de l’État.


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« On s’attendait à l’annonce de ce référendum pour changer la Constitution, réagit Jean Merckaert, du collectif Tournons la page. Il n’a jamais été question pour Sassou Nguesso de quitter le pouvoir. Il va donc le garder en renversant la Constitution de son pays. Autrement dit, il prépare un coup d’État constitutionnel. »

L’Eglise contre le changement de Constitution

L’Église catholique aussi s’attendait à ce coup de force. En décembre, l’épiscopat avait pris position contre le changement de la Constitution. Le 22 décembre, ses représentants ont même rencontré le président à ce sujet. « Nous lui avons demandé de respecter la Constitution et donc, de quitter le pouvoir à la fin de son mandat », confie à La Croix, un membre de la Conférence épiscopale congolaise.


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Peine perdue. Comme Blaise Compaoré, l’an dernier au Burkina Faso (renversé pour cette raison), comme Pierre Nkurunziza cette année au Burundi (il a réussi à se maintenir), le président Sassou Nguesso veut donc s’affranchir du cadre constitutionnel pour rester au pouvoir.
« Je suis très inquiet pour l’évolution de la situation dans notre pays. Comme au Burkina Faso et au Burundi, la société civile va se mobiliser, analyse Brice Mackosso. Mais Sassou Nguesso n’est pas un enfant de chœur. Comme au Burundi, on peut craindre l’usage de la force et de la violence contre les manifestants. »

« Verser le sang, il sait le faire »

Le Congo sort tout juste d’une dizaine d’années de guerre civile qui a fait plusieurs centaines de milliers de morts. « Et pendant la guerre civile, Sassou Nguesso a commis des crimes de masse, des crimes contre l’humanité. On peut s’attendre à une réaction violente de sa part contre les manifestants. Commettre des massacres, verser le sang, il sait le faire. Il l’a déjà prouvé », s’inquiète Jean Merckaert.


Ce bras de fer qui se dessine au Congo s’inscrit dans une période électorale extrêmement chargée en Afrique francophone. Le calendrier prévoyait, en octobre, des élections présidentielles au Burkina Faso, en Guinée, en Centrafrique et en Côte d’Ivoire. En février 2016, c’est au tour du Bénin, puis du Niger en mars, du Tchad en avril, de la République démocratique du Congo (RDC) en novembre 2016.

D’autres présidents concernés

Dans cette liste, seul le président de la RDC est frappé par un interdit constitutionnel. Idriss Déby, le président tchadien, avait procédé à la réforme de sa Constitution par voix référendaire en 2005, afin de se maintenir « légalement au pouvoir ». Et en 2016, il sera à nouveau candidat.


Parmi les autres présidents africains empêchés par leur Constitution de briguer un nouveau mandat, on peut signaler le cas rwandais. La Constitution rwandaise de 2003 n’autorise, là aussi, que deux mandats présidentiels.


Mais en juin, le Parlement a annoncé avoir reçu environ deux millions de signatures de citoyens demandant à Paul Kagame de se présenter une troisième fois, en 2017. Au Rwanda, la réforme de la Constitution au profit du président en exercice, est aussi en marche.